Remise de Vulgo — Katharina

Ma chère Katha­ri­na,

Mar­di dernier, les plus grands sci­en­tifiques du cen­tre de recherche sarinien (autrement dit, nos émi­nents Burschen) se sont réu­nis en group meet­ing pour résoudre une ques­tion d’une impor­tance cap­i­tale : trou­ver la for­mule capa­ble de par­faire l’osmose entre notre chère Sarinia et notre tout aus­si chère rec­trice. Car, pour attein­dre cet équili­bre iso­tonique tant con­voité il nous manque encore un élé­ment essen­tiel : ton vul­go.

Guidés par la pureté immac­ulée du blanc de leur band, mus par la rigueur sci­en­tifique qui les car­ac­térise (enfin…), ils t’ont observée avec sérieux, émis des hypothès­es, testé divers­es propo­si­tions… Bref, ils se sont livrés à un véri­ta­ble pro­to­cole expéri­men­tal pour aboutir à un résul­tat digne de toi.

Prenant ain­si pour pre­mière ligne direc­trice ta fonc­tion de rec­trice, tant ton titre que l’image que tu dégages les menèrent vers Mag­ni­fi­cat comme pre­mier habil­lage. Mais, claire­ment capa­bles de con­coc­ter quelque chose de plus com­plexe, les Burschen n’en firent pas grand cas et l’écartèrent. Délais­sant dès lors le titre et sa forme pour se con­cen­tr­er sur le fond, ils se penchèrent sur les divers engage­ments de ta fonction.

Après avoir été con­traints d’opérer de nom­breuses coupes dans les propo­si­tions afin d’assainir leurs recherch­es, PAFE fut souf­flé. Pas for­cé­ment favor­ables pour autant, cer­tains l’ayant dans le pif, PAFE fit plouf. Décidé­ment en déficit de som­meil, il était plus que temps que les Burschen se réveillent.

En tant que chancelière de notre mère nourri­cière, cer­tains sug­gérèrent pour la rec­trice : Alma Mater. D’autres hésitèrent entre Mama-mater évo­quant la mère qu’elle est, et Merkel éventuelle­ment pour son côté ger­man­isé. Toute­fois pas ter­ri­ble pour autant, ils n’entrèrent pas en matière, et Alma mater fut mise à terre.

Issus d’une société académique, les Burschen pen­sèrent pou­voir vis­er plus haut : se tour­nant ain­si vers le ciel, ils songèrent à Saras­vatî, déesse hin­doue de la con­nais­sance, de l’éloquence, de la sagesse et des arts, ou, dans un reg­istre plus local à Juven­tas, déesse romaine de la jeunesse.

Puis, ils ruminèrent sur Min­erve, déesse qui représente non seule­ment la pen­sée élevée, la sagesse et l’in­tel­li­gence mais évoque aus­si Min­er­va McG­o­na­gall, magi­ci­enne hors pair, direc­trice d’école et pro­tec­trice des écol­iers. (Et, pour le cou, une min­erve peut tou­jours offrir un cer­tain sou­tien lorsqu’on est à la tête de l’Université). Mais Si cer­tains firent mine d’aimer Min­erve, d’autres émirent quelques réserves, jugeant que le vul­go man­quait peut-être un peu de verve. Délais­sant ain­si le domaine des dieux, ils se dirigèrent vers ton côté plus studieux.

Souhai­tant main­tenir la magie — la sci­ence pou­vant par­fois, aux yeux des pro­fanes, pass­er pour telle, et toi n’étant pas à ton pre­mier tour de passe-passe — nous avons pen­sé que le vul­go Mage pou­vait, peut-être pass­er. Et si pour Katha­ri­na Fromm-Mage revê­tait un petit côté helvète, celui-ci fut jugé de “bas laitage” forçant les Burschen “AOC” le niveau. Le vul­go pas­sa rapi­de­ment à la râpe et les Burschen, désil­lu­sion­nés, com­prirent qu’il allait
fal­loir affin­er leur pensée.

C’est alors qu’ils ten­tèrent d’établir un tableau de chimistes con­nus à tra­vers dif­férentes périodes. 

Com­mençant par la seule qu’ils con­nais­saient vrai­ment, en y alliant habile­ment ton côté alle­mand, naquit le vul­go Marie Curie Wurst naturelle­ment. Hélas, un peu long et peu reluisant, il fut rapi­de­ment radié de la liste.

Puis vint Franklin, en hom­mage à Ros­alind Franklin, femme qui dû con­quérir sa place dans le monde de la chimie ; ce vul­go aurait ain­si per­mis de remet­tre en lumière celle qui fut jadis éclip­sée par ses pairs. Mais, ne souhai­tant pas courir le risque de la voir retomber dans l’ombre de Ben­jamin, Franklin fut, hélas, à nou­veau écarté du chemin.

Son­dant ensuite nos ter­res helvé­tiques, nous avons songé à l’alchimiste Philip­pus Theophras­tus Aure­o­lus Bom­bas­tus von Hohen­heim… enfin, plutôt à son surnom : Paracelse. Esprit foi­son­nant et volon­tiers exubérant, voyageur infati­ga­ble ayant, comme toi, côtoyé Stras­bourg et Bâle, mod­èle d’audace, de vail­lance sci­en­tifique et un peu rebelle, il est con­sid­éré par cer­tains comme le fon­da­teur de la chimie actuelle.

Et si Paracelse t’allait plutôt bien, les bril­lants Burschen brûlèrent d’envie d’aller plus loin et de t’attribuer un autre de ses nom­breux noms, au féminin : Bom­bas­ta. Bien­heureuse­ment, ils bastèrent… car oui, l’alchimie tend vers l’or.

Or, tes recherch­es por­tent sur l’argent, qu’il s’agisse de son util­i­sa­tion comme antibi­o­tique pour pro­téger les pro­thès­es ou sim­ple­ment pour ren­flouer les caiss­es de l’Université.

Les Burschen lais­sèrent tomber les chimistes, pas assez experts man­i­feste­ment, et espérèrent trou­ver leur bon­heur au sein de leurs équipements.

Ils pro­posèrent pipette en pre­mier, puis, gradu­elle­ment, d’autres idées apparurent au compte-gouttes. Ain­si furent mis à l’essai tube, béch­er, burette, bref, toute la ver­rerie jusqu’à vers­er vers la démesure. D’Éprou­vette à Erlen­mey­er, il fal­lait prou­ver que mal­gré l’éprouvante quête, ils pou­vaient faire meilleur.

Car si par ces ver­res de lab­o­ra­toire l’on y trou­vait la ver­tu, ceux-ci restaient laborieux, sans con­tenant, ils son­naient creux.

Tou­jours dans les appareils, la flamme qui t’anime pour la chimie fit appa­raître une nou­velle veine : avec une pas­sion brûlante comme la tienne, pourquoi pas Bec Bun­sen ?

Tou­jours pas con­va­in­cus, la liste devint menue : il ne restait plus que Dean-Stark. Mais la réac­tion, plutôt néga­tive, bat­tit en retraite, et la propo­si­tion fut rapi­de­ment extraite.

Pas­sant des appareils aux molécules, puisque tu es à la fois chimiste et rec­trice, les plus savants d’entre nous te décrivirent comme un même élé­ment aux pro­priétés pou­vant vari­er. Iso-mère fut donc pro­posé. Retrou­vant ce côté mater­nel qui t’habite, d’autres préférèrent met­tre en avant l’étendue de tes engage­ments mul­ti­ples et par­tant pro­posèrent Poly-mère. Peut-être trop amor­phe, cela man­quait encore un peu de polissage.

Déci­dant de réduire tou­jours plus l’échelle de nos propo­si­tions, jusqu’à l’infime, nous finîmes par attein­dre l’atome. Et si, certes, hors de notre élé­ment, nous avions du plomb dans l’aile et étions en souf­fre-ance, nous n’allions pas nous laiss­er fer : nous étions de vrais durs à cuiv­re. Souhai­tant chlore cette recherche, en potas­sant un peu et à force de phos­pho­r­er, nous décou­vrîmes un atome pou­vant aci­er bien t’aller : l’Arsenic.

Son éty­molo­gie « qui dompte le mâle » et sa répu­ta­tion de puis­sant per­tur­ba­teur auraient pu faire allu­sion à ta manière de faire bouger les choses avec énergie et détermination.

Mais bon… au vu de sa tox­i­c­ité et de sa mau­vaise répu­ta­tion, le vul­go Arsenic nous per­met ce pronos­tic, a moins de finir en pud­ding, man­quait d’un cer­tain stand­ing. Et c’est en souhai­tant toute­fois con­serv­er ses bons côtés que ton vul­go fut finale­ment trouvé.

Ma chère Katha­ri­na, tu fais pro­gress­er aus­si bien la sci­ence que l’Université ; tu sus­cites les réac­tions, accélères les change­ments, et sous ton impul­sion les choses, soudain, s’ordonnent, pren­nent forme et se canalisent.

Vous l’aurez com­pris, Katha­ri­na sera désor­mais con­nue sous le nom de Kathal­yse.

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